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BATTERIE DE TAMBOURS DE LA COMPAGNIE DE 1602

MUSIQUE OFFICIELLE DE LA SOCIETE DEPUIS 1935

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Étrange année que cette année 1603, pour Genève et plus précisément pour la Compagnie des pasteurs : elle débute dans l'angoisse, la terreur d'une nouvelle attaque étrangère, et elle s'achève, sereine, permettant à mes collègues d'il y a 400 ans de revenir à des sujets plus habituels. Après les peurs, les interrogations, les interpellations des mois précédents, on peut enfin, chaque vendredi matin, se préoccuper du transfert des pasteurs entre France, Suisse et Genevois, du courrier à traiter, venant de toute l'Europe et permettant d'entretenir de solides relations avec de nombreuses Églises, de l'impression d'ouvrages religieux, d'affaires de moeurs locales ou du soutien aux Églises affligées et menacées par d'autres ennemis que les Savoyards.

Fin décembre 1602 donc, on le sait, toute la population genevoise est en alerte maximale, astreinte à des gardes incessantes. On peut même dire que jusqu'à la signature du fameux traité de Saint-Julien le 12 juillet 1603, c'est à une sorte de guerre larvée que se livrent les factions rivales.

Suite à l'assassinat du curé de Choulex, la Compagnie se sent même obligée de rappeler à l'ordre les magistrats de Genève et recommande qu'à l'avenir "notre guerre ne soit pas un brigandage" (4 février). Certes Bern et Zürich ont envoyé des troupes à hauteur d'un millier d'hommes et payé leur solde ; certes Bâle et Schaffhouse ont décidé de participer aux frais, permettant aux troupes genevoises quelques incursions en terre ennemie. Mais, du côté français, Henri IV, plus machiavélique que son image populaire le laisse à penser, ne favorisait pas, malgré ses propos, la mise en place d'une logique de paix. Les Genevois étaient donc plus que sur leurs gardes et les premiers contacts entre représentants du duc de Savoie et magistrats genevois furent pour le moins glaciaux.

L'histoire retient que ce n'est qu'à la mi-mars que le Conseil accepte d'entrer en matière sur le principe de négocier la paix. Toutefois, en feuilletant les registres de la Compagnie des pasteurs, on voit que c'est à cette même mi-mars que le Conseil des Deux-Cents consulte la Compagnie, demandant "avis touchant la communication avec les Savoyards de la paix".

Sans doute espéraient-ils trouver là un appui à leur idée de refuser les négociations, arguant du fait que certains pasteurs étaient personnellement du même avis. La réponse, datée du 10 mars 1603, est originale. D'abord, au-delà du style empesé, dû sans doute à l'époque et au genre littéraire du document (une lettre officielle), il faut noter le ton très nuancé de cette réponse : il n'y a manifestement pas de parole facile ni balancée d'un côté ou d'un autre. Ensuite, en une belle déclaration, mes collègues du passé refusent d'entrer en matière sur des questions politiques et s'en tiennent "principalement [à] leur vocation". Au nom même de cette vocation, ils déclarent alors que, selon "la Parole de Dieu [qui] prononce ceux là estre heureux, qui pourchassent la paix" (Mt 5,9), Dieu serait offensé si on rejetait les approches de quelque paix. Enfin, la Compagnie exhorte les magistrats à ne rien faire qui puisse heurter les alliés et les amis de Genève.

L'avis unanime, signé par Bèze, Pinault (secrétaire), Perrot, Goulart, Jaquemot, La Faye (modérateur), Boyteux, Grenet et Prevost, lu aux Deux-Cents, approuvé par les deux Conseils, ces derniers acceptent enfin d'entendre les propositions de paix de la Savoie et la première conférence se tient à Saint-Julien le 21 mars 1603.

L'heure n'est pourtant pas encore à l'exubérance et, au détour d'un paragraphe des Registres (en date du 17 juin), le secrétaire signale que devant la demande de jeûne, la Compagnie préfère s'en abstenir, vu la situation délicate, entre guerre et paix : "qu'on exhorte le peuple au vrai jeûne qui est la vraie repentance".

Aujourd'hui où notre monde oscille encore et toujours entre guerre et paix, entre terreur terroriste, fondamentalismes réducteurs, et efforts exemplaires pour ouvrir des partenariats au-delà de la haine, que retenir de cet épisode ? Sans exagérer le rôle de mes prédécesseurs, disons que par leur parole pastorale forte, convaincue et sereine, ils ont rappelé l'utopique exigence de paix, quoi qu'il en coûte. Mais leur avis est également assorti de deux conditions : s'en tenir à ses compétences et ne pas froisser les communautés amies. Dans l'agitation actuelle, cela me semble un intéressant sujet de méditation.

Le lendemain de la signature du traité, le 13 juillet 1603, le peuple fut conduit par les pasteurs dans tous les temples pour prier, chanter des psaumes et entendre l'exhortation. La Faye à Saint-Pierre, Goulart à Saint-Gervais et le Boyteux à la Madeleine commentèrent chacun le même verset de l'évangile de Jean (14,27) : "Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n'est pas à la manière du monde que je vous donne. Que votre coeur cesse de se troubler et de craindre."

Plus de 400 ans plus tard, il faut souhaiter que ces mots de paix bienfaisante résonnent à nouveau, ici à Genève et au-delà de nos frontières.

 
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