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BATTERIE DE TAMBOURS DE LA COMPAGNIE DE 1602

MUSIQUE OFFICIELLE DE LA SOCIETE DEPUIS 1935

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Genève et Savoie en paix PDF Imprimer Envoyer

Le 12 décembre 1602 ancien style, c'est-à-dire pour les adeptes catholiques du nouveau Calendrier grégorien le 22 décembre, les Genevois se retrouvaient escaladés, mais heureux. Ils avaient repoussé l'invasion savoyarde, dernier épisode en date d'un conflit qui n'osait pas dire son nom. Depuis des années, les escarmouches se multipliaient Nos compatriotes ravageaient volontiers les terres du duc Charles-Emmanuel. De 1589 à 1601, ils avaient même occupé le Pays de Gex, que s'était alors arrogé Henri IV. On peut lutter contre ses ennemis, pas avec ses amis.

«C'est une histoire extraordinaire», explique Olivier Fatio, auteur l'an dernier avec Béatrice Nicollier du beau livre Comprendre l'Escalade. «Les Genevois auraient bien voulu reprendre la guerre. Charles-Emmanuel n'avait rien abandonné de sa superbe. C'est l'Europe qui les empêchera de se battre. Elle amènera à la table de négociation des gens qui n'avaient aucune envie de s'y asseoir.» L'Escalade mettait en danger un fragile équilibre après des décennies de guerres de religion. Il ne fallait pas y toucher. Avec raison! La prochaine fois que cet ordre se verra menacé, ce sera à Prague en 1618. Commencera alors la Guerre de Trente Ans, la plus meurtrière que connaîtra jamais le continent.

Otages savoyards à Genève.

Chacun presse donc ceux sur lesquels il exerce une influence. Henri IV admoneste les Genevois, qui ont mis la main sur Saint-Genis d'Aoste. Le pape et le roi d'Espagne sermonnent Charles-Emmanuel, qui a proposé aux Bernois la rive droite du Rhône à condition de prendre la gauche. «Il n'y avait que des problèmes à commencer, par le lieu des négociations.» Il est exclu que le duc ou ses ambassadeurs viennent à Genève. Les Genevois refusent de s'enfoncer en terre ennemie. Ils se méfient «Quand on tombera sur le nom de Saint-Julien, les Savoyards devront du reste envoyer des otages à Genève.»

Trois thèmes martèleront les discussions. Le premier est militaire. Les Genevois veulent le sabordage de la flotte, savoyarde sur le Léman et le démantèlement des forteresses sur un rayon de 4 lieues (environ 18 kilomètres).

«La souveraineté implique la renonciation perpétuelle de la Savoie sur la ville.»

Vient ensuite la revendication économique. La République réclame la liberté du commerce, autrement dit la fin des péages depuis ses mandements (Jussy, Satigny) et le droit de libre importation. Le politique déboule enfin en force. Genève entend se voir reconnu comme un Etat souverain, garanti par la France.

Revendications territoriales.


«Cela fait beaucoup», poursuit Olivier Fatio. «Passe encore pour l'économie. La Savoie y trouve son compte. Mais la reconnaissance de la souveraineté implique la renonciation perpétuelle de la Savoie sur la ville.» Un coup dur pour Charles-Emmanuel, qui entend encore récupérer le château de l'Ile - dont il reste la Tour - battre une monnaie commune, recevoir l'allégeance des syndics et se faire offrir un cheval pour la Saint-Maurice. Les sessions virent donc à l'aigre. Commencées en mars, elles s'éternisent. Les délégués savoyards doivent solliciter des avis du duc, resté à Turin, qui en veut lui-même du pape. Charles-Emmanuel ne viendra pas à Saint-Julien. C'est en dessous de sa dignité. Il ne rencontrera donc jamais les plénipotentiaires genevois Chabrey, Lect et Sarasin.

Les pourparlers échouent après deux mois. Il faut la France et les cantons helvétiques «neutres» - c'est-à-dire liés ni avec Genève, ni avec la Savoie -pour les faire reprendre. Ces Suisses se proposent comme intermédiaires. D'accord ! Mais seront-ils de libres arbitres, avec pouvoir de décision, ou de simples médiateurs? Plutôt des médiateurs. Voilà qui ne facilitera pas un accord, d'autant plus que Genève aimerait maintenant bien s'agrandir un peu, en allant du Jura au Vuache, afin de désenclaver son territoire.

Une existence de fait.


Comment cela finira-t-il? Par un accommodement bien sûr. Côté frontières, nos compatriotes feront chou blanc. La paix perpétuelle ne leur sera pas octroyée. Le libre échange est accordé. La démilitarisation demeurera partielle. Charles-Emmanuel - qui fait l'admiration d'Olivier Fatio pour une obstination assez grandiose - ne voudra évidemment pas admettre l'existence de la République. Mais le seul fait d avoir ratifié la paix, signée le 21juillet 1603 à Saint-Julien, constitue une reconnaissance de fait «Pour arriver à celle du droit, il faudra le traité de Turin de 1754 rectifiant les frontières (voir la Tribune du 7 juillet). On peut cependant admettre que l'installation d'un Résident de France à Genève par Louis XIV en 1679 confirmait l'existence internationale de la République. Seul un Etat souverain avait droit à un Résident» Le traité, dont on fête aujourd'hui les 400 ans, se verra-t-il remis en question? Oui. La Savoie voudra parfois le suspendre. «En 1611, Charles-Emmanuel proposera à la très catholique régente Marie de Médicis, fraîchement veuve d'Henri IV, de basculer dans son camp. La reine ne tombera pas dans le panneau.» Richelieu pensera un temps, dans les années 1620, à partager Genève entre la France et la Savoie avec le Rhône comme frontière. «Mais ce qui arrangeait finalement tout le monde, quelle que soit sa religion, c'est le statu quo. Il ne fallait pas mécontenter les Suisses, grands pourvoyeurs de mercenaires, ni les pousser à envahir la ville. Le plus simple était par conséquent de laisser Genève aux Genevois.»

 
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